L'Interview Timbrée - 40 - Bérénice Milon

On prend l’avion direction Genève, où Bérénice Milon a fait ses études et on revient avec elle en train à Paris, où elle a posé ses valises. Sa trajectoire fulgurante et son univers hyper léché fait d’elle une valeur montante à suivre de très près. On a parlé ramens, nouvelle civilisation et jeux de construction avec elle.

 

la série Civilisation de Bérénice Milon

Ton “adresse” (fictive ou réelle) telle que tu aimerais la lire au dos d’une carte postale ?

Bérénice Milon —
Dans le jardin.
Une ville près de la mer.
Planète Terre.

En vacances, pour donner des nouvelles à tes proches, t’es plutôt du genre à envoyer une carte postale ou un MMS ?

J’ai écris des cartes postales sous la menace de ma mère jusqu’à mes 10 ans. Je ne suis pas trop du genre à donner des nouvelles pendant les vacances, mon téléphone est souvent éteint dans ma valise.

 

 

Civilisation  01 / 03

 

Te souviens-tu d'un courrier ou d'une carte postale qui a marqué ta vie ?

Suite à un AVC, mon grand père a perdu l’usage de la parole. Impossible de téléphoner et en personne il nous faut un temps fou pour nous comprendre. Un jour, j’ai eu l’idée de lui envoyer une lettre, tout simple, quelques lignes à peine, pour lui demander un renseignement. Il m’a répondu et depuis on communique de cette manière. Je suis toujours très émue quand je reconnais son écriture dans ma boite aux lettres !

 

On aime énormément ton « histoire à construire » Bâtir l’abri. Peux-tu nous parler de ce projet plus en détail ?

« Bâtir l’abri » est un jeu de construction graphico-poétique en Plexiglas semi-opaque bleu. C’est un projet assez complet (illustration, écriture, design graphique, game design, packaging) que j’ai réalisé pour mon diplôme à Genève où j’étudiais l’illustration et le design graphique. 

Après l’apocalypse, les participants sont appelés à assumer la responsabilité de la Terre et à faire table du rase du passé pour reconstruire le monde. Il doit d’abord créer des reliefs, faire pousser des plantes et créer un environnement hospitalier pour y faire naître l’espèce humaine. 

Ce jeu est basé sur la collaboration des différents joueurs pour créer un moment de plaisir, de divertissement mais également de partage et de réflexion autour de l’environnement et de l’altruisme. 

Un narrateur papier guide le joueur à travers l’histoire et les différentes possibilités de montage. Je l’ai imprimé en RISO entre 3h et 5h du matin un dimanche soir, c’était génial ! (Pour l’anecdote, je suis une mordue de risographie*, cette technique d’impression me met dans un état quasi-médidatif). 

Avant tout, il m’a conforté dans mes envies de pluridisciplinarité. Ce projet a été très formateur, il est à la base de tout l’univers graphique que j’ai développé par la suite. J’ai fait de longues recherches sur la forme, découvrant ainsi le travail de Bruno Munari, Paul Cox, Nathalie du Pasquier, Raphaël Garnier… Il m’a également permis de renouer avec l’écriture poétique et toute la part de jeu que cela implique.

  • La risographie est une technique d’impression située entre la photocopie couleur et la sérigraphie. Chaque feuille est imprimé en série,
    mais couleur par couleur (sauf pour les modèles plus récents
    qui embarque plusieurs tambours de couleurs.)

Bâtir l’abri de Bérénice

 

 

Si tu pouvais voir l’univers d’un artiste en une collection de carte postale ou de timbres, qui choisirais-tu ?

Depuis toujours, je suis obsédée par Yves Klein et son bleu. Il est vibrant, énergisant, bref captivant. Pendant ma première année d’étude à Paris, j’avais l’habitude de flâner au Centre Pompidou, et de visiter la collection permanente pour admirer l’une de ses éponges bleues. J’adorerai posséder une série de petits monochromes sous la forme de cartes postales au dessus de mon lit.*

*On vous invite à découvrir le timbre bleu d’Yves Klein

  

Si tu devais entretenir une relation épistolaire avec une idole, ce serait qui ?

Simone de Beauvoir ! Je me suis prise de passion l’an dernier pour ses autobiographies, en commençant par Mémoires d’une jeune fille rangée. Au fil de mes lectures, je découvrais avec excitation son histoire d’amour avec Jean-Paul Sartre, sa vie entre Paris et ses diverses mutations en provinces pour son travail de professeur, son rapport à l’écriture… C’était une femme très libre, un vrai source d’inspiration… 

 

 

Civilisation  02 / 03

 

 

Ton plus beau souvenir de voyage ?

Il faut le savoir, je suis une passionnée de cuisine asiatique et plus particulièrement de nouilles. J’ai passé un petit mois l’an dernier en Thaïlande avec mon compagnon, c’est un pays magnifique. 

À Lamphun, au Sud de Chiang Mai, à la sortie d’un temple, nous sommes tombés sur une bicoque d’où émanait une odeur délicieuse. Jamais je n’avais mangé de soupe aussi intéressante : les légumes étaient riches, le bouillon exquis, les piments aux diapasons. Elle avait été préparé avec tellement d’amour, la cuisinière avaient l’air tellement heureuse que l’on mange chez elle : l’un de mes meilleurs souvenirs de voyage.

La destination, réelle ou fictive, pour ton prochain voyage ?

Je prévois pas mal d'aller retour en Suisse d'ici la fin de l'année, et j'aimerai beaucoup aller au soleil en 2019.
 

Le travail de Bérénice traverse plusieurs champs et médiums

 

Graphisme, illustration, design d’objet, bijoux, ton univers traverse beaucoup de mediums. Comment gères-tu le passage de l’un à l’autre ? Imagines-tu toujours des ponts entre chaque ?  

Pendant longtemps, je me suis beaucoup prise la tête, pensant devoir faire des choix et me concentrer sur une discipline. Et puis j’ai lâché prise et ai accepté que mon univers prennent toutes ces formes différentes. Le pont se fait naturellement. Je travaille à l’instinct, je le laisse me guider. Je travaille toujours sur pleins de trucs en même temps, cela nourrit ces différents projets. J’ai beaucoup de chance, je ne m’ennuie jamais. Ce qui m’intéresse c’est de raconter des histoires et ça on peut le faire de mille manières différentes.

 

Quelle est la chose la plus timbrée que tu aies faite ?

Me lancer en freelance directement après mes études. Qu’est ce que j’en ai bavé, mais ça valait totalement le coup !

 

 

Civilisation 03 / 03

 

Parle nous de la série de timbres que tu as imaginée ?

Mon travail prend une autre tournure depuis quelques temps… Je compose une grammaire graphique sous des formes plus ou moins abstraites. Une fois ces formes posées, je n’ai plus qu’à les assembler à la manière d’un jeu de construction pour créer des images abstraites et/ou narrative. J’adorerais développer ça sous la forme de tampons ! Cette série évoque une civilisation primitive et ses paysages. 

 

Des nouveautés pour bientôt, une actualité dont tu voudrais parler ?

Une exposition à la Régulière, Paris du 2 au 14 octobre en collaboration avec la marque de papeterie Museum Books.
(On célèbre l'expo le 11, viens!)*

Une exposition collective à Genève en Décembre. Un studio de création dans les cartons. Des bijoux pleins la tête.

*le lien vers l’événement

la série Civilisation au grand complet

 

Retrouvez le travail de Bérénice sur son portfolio ou sur Instagram.

 


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