L'Interview Timbrée - 50 - Anne-Hélène Dubray

Quel est le point commun entre le néolithique, un fakir, l’alphabet et une montagne ? Réponse : Anne-Hélène Dubray, illustratrice à l’univers fourmillant de détails. De son Alphabet cocasse et illustré à La Montagne, en passant par des tigres en morceaux, on vous emmène à la rencontre d’une artiste pas tout à fait comme les autres.. Et c’est tant mieux..

Saltimbanques d’Anne-Hélène

Ton “adresse” (fictive ou réelle) telle que tu aimerais la lire au dos d’une carte postale ?

J’habite rue de Vaucouleurs, je trouve ça pas mal (c’est le nom d’une petite ville de la Meuse). Mais j’aurais plutôt envie de l’écrire comme ça :

Rue de Vos couleurs à Paris.

En vacances, pour donner des nouvelles à tes proches, t’es plutôt du genre à envoyer une carte postale ou un MMS (oui nous sommes vieux et on dit encore MMS) ?

J’aime bien envoyer des cartes postales surtout si elles sont bien kitschs mais généralement, et pour diverses raisons d’organisation, je les oublie au fond d’un sac sans les poster. Donc j’opte désormais pour une flopée de photos sur WhatsApp.

Saltimbanque 01 / 03

 

Te souviens-tu d'un courrier ou d'une carte postale qui a marqué ta vie ?

Un courrier marquant peut-être pas mais des courriers réjouissants oui ! Et voilà le dernier en date. Mon anniversaire est en août, autant dire qu’il passe souvent à la trappe. Mais l’été dernier, j’ai reçu une enveloppe remplie de tout un bazar mystérieux. C’était les pièces d’un puzzle mélangées, envoyées d’Espagne par des amis*. Je l’ai recomposé, c’était une image de tigre dans la jungle avec au dos un message d’anniversaire ! Ça m’a rappelé tous les efforts qu’on faisait avant les mails et les textos (que j’utilise à profusion d’ailleurs) pour s’envoyer des lettres super créatives.

*Woo, ça a l’air vraiment chouette ça.

On avait découvert ton travail dans le livre « La Montagne », tu peux nous raconter la genèse de ce projet ?

Le projet est venu de l’envie de réaliser de grandes images, pleines de détails et de petites scènes drôles. C’était quelque chose que je n’avais jamais fait. Et puis très vite est arrivée l’idée d’un paysage immuable et du passage du temps, des civilisations et de l’évolution de la cité jusqu’à la mégalopole. Il a fallu commencer par un gros travail documentaire sur chaque époque traversée. Savoir ce qu’était la mégafaune, ce qu’on mangeait au néolithique, comment on s’habillait en Mésopotamie etc. J’ai aussi beaucoup regardé les miniatures persanes et indiennes qui fourmillent de personnages. Et puis partant de tout ça, j’ai tenté de créer un univers fantaisiste et amusant. Le texte est venu après, comme une incitation à chercher tel personnage ou telle scène.

le livre La Montagne édité chez l’Agrume

 

Si tu pouvais voir l’univers d’un artiste (contemporain ou passé) en une collection de carte postale ou de timbres, qui choisirais-tu ?

Les animaux de la peintre Miroco Machiko* seraient formidables pour une série de timbres. J’aime bien les timbres qui présentent la faune et la flore comme des planches d’histoire naturelle. Là ce serait une version vibrante et colorée, avec une ménagerie très expressive.

*Ouh là là, on connaissait pas, c’est merveilleux !

Si tu devais entretenir une relation épistolaire avec une idole, ce serait qui ?

Avec Pedro Almodovar ! Je suis sûr que ce serait très amusant. J’adore son univers, son propos et son génial travail de la couleur. Femmes au bord de la crise de nerf est un de mes films préférés. Le cinéma est une référence importante pour moi, j’ai d’ailleurs fait une partie de mes études en fac de ciné. J’aime particulièrement les films pour lesquels le décor et le dispositif scénique sont importants, comme dans Fenêtre sur cour. Je trouve que l’espace est un excellent support de narration, dans le dessin également. 

 

Saltimbanque 02 / 03

 

Ton plus beau souvenir de voyage ?

Je suis allée au pays Dogon, il y a  un paquet d’années déjà. Mon père a longtemps vécu à Bamako avant ma naissance et m’a souvent parlé de cette région de falaises du Mali où s’est installée cette culture si riche. J’avais terriblement envie d’y aller. J’ai notamment le souvenir de regarder, du haut d’une falaise, la plaine à perte de vue et d’avoir une incroyable sensation d’infini. Je me rappelle aussi arriver dans un village très difficile d’accès sur une hauteur et y trouver... un coca bien frais.

La destination, réelle ou fictive, pour ton prochain voyage ?

J’espère au Chili, chez des amies qui ont construit une maison en bois* pas très loin de Valparaiso. J’ai vu de loin le chantier se faire et j’ai vraiment hâte de découvrir ces paysages.

*Tu nous emmènes dans tes valises ?

l’Alphabet cocasse et illustré d’Anne-Hélène

 

Parle-nous de ton dernier livre, édité par l’Agrume, L’Alphabet cocasse et illustré ?

L’Alphabet cocasse et illustré est composé de 26 historiettes, une pour chaque lettre de l’alphabet. Chacune utilise des mots commençant par la lettre concernée et raconte les mésaventures d’un personnage. L’exercice de style en soi n’est pas nouveau, mais j’ai essayé de tenir sur des textes assez longs. Et de construire un monde fantasque comme j’aime, fait de fakirs agités, de ladies lunatiques et et de joyeux monte-en-l’air. En face de chaque texte, se trouve une grande lettre composée des personnages et éléments de l’histoire. Là aussi, contorsions et acrobaties ! Je me suis beaucoup amusée sur ce projet car j’adore écrire aussi. Ç’a été un véritable jeu qui tournait parfois au casse-tête ! 


Quelle est la chose la plus timbrée que tu aies faite?

Euh... quitter un job très sûr pour devenir illustratrice à plein temps, je crois.

Et sinon, j’ai parfois suivi bien plus téméraire que moi pour grimper là où c’est interdit, sauter là où c’est dangereux. Comme pour ce magique saut de nuit du haut d’une cascade dans le sud de la France...

Saltimbanque 03 / 03

 

Parle nous de la série de timbres que tu as imaginée ?

Pour la série, je voulais dessiner des personnages et travailler sur la silhouette, la posture. J’ai beaucoup regardé les peintures des vases antiques l’été dernier à Rome et cela a orienté ma façon de faire les personnages, très découpés, torse de face et le reste de profil. Ce qui a donné pour les timbres quelque chose de décoratif visuellement et de mystérieux dans la signification. Ils sont comme sortis d’un spectacle forain étrange, où l’on aurait un peu mélangé les rôles et les époques. 

Des nouveautés pour bientôt, une actualité dont tu voudrais parler?

Je viens de finir un passionnant travail documentaire sur les coquillages avec l’autrice Eva Bensard pour les éditions de La Martinière. J’ai découvert un monde étonnant fait de coquilles précieuses et de mollusques bizarres. Le livre sortira au printemps.

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Silhouettes au grand complet

Retrouvez le travail d’Anne-Hélène Dubray sur son portfolio ou sur son compte Instagram.


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