L'interview Timbrée - 12 - Jérémie Claeys


Croisé au détour d'un livre de labyrinthes spatiaux, Jérémie Claeys fait partie des illustrateurs qui se renouvellent sans cesse. Son univers a la légèreté d'un collage de Matisse, les couleurs d'un personnage de Jim Flora et la poésie d'un film de Tati.  Rien que ça, ça nous a poussé à poser des questions au plus belge des illustrateurs parisiens.

 

La série Récréation de Jérémie


Ton “adresse” (fictive ou réelle) telle que tu aimerais la lire au dos d’une carte postale, par exemple :

Jérémie Claeys – Graphic Illustrator
Never Ending Road – DoItYourself City
Wherever

 

En vacances, pour donner des nouvelles à tes proches, t’es plutôt du genre à envoyer une carte postale ou un MMS ? 

J’aimerais te répondre “carte postale”, malheureusement je crois être victime de ma génération. Petit, j’adorais envoyer des cartes postales. J’avais divers correspondant(e)s, la plupart du temps des personnes que je n’ai jamais rencontrées mais avec qui j’échangeais des lettres. C’était une très chouette expérience. Ce moment quand le facteur t’apporte une lettre, une vraie. Quand je partais en vacances, c’était systématique, je leur envoyais toujours une carte postale. Aujourd’hui, avec internet, les réseaux sociaux, on se sent constamment connecté et on ressent moins le besoin de faire cet effort supplémentaire pour dire à quelqu’un qu’on pense à lui ou elle en envoyant une belle carte postale. De ce point de vue là, je crois être devenu plus fainéant et c’est bien dommage. Mais tiens allez, tu me donnes envie de m’y remettre ! *


* Belle victoire pour Maison Tangible :)

 

Récréation 01/03

 

Te souviens-tu d'un courrier ou d'une carte postale qui a marqué ta vie ?

Je suis aujourd’hui marié depuis presque trois ans avec une femme formidable. Quand on apprenait à se connaître, j’habitais à Oxford en Angleterre et elle, à Paris. On a eu une relation à distance pendant presque un an et demi. On s’envoyait donc très souvent des cartes, des cadeaux, etc. On était obligé d’être créatifs à cause de la distance. Je me souviendrai toujours d’une carte où elle me disait qu’elle me faisait désormais officiellement confiance. À partir de ce moment là, je me suis dis “ Wow, mec c’est du sérieux, désormais c’est ma responsabilité de ne pas tout gâcher ! ”. Cette carte est encore et toujours sur ma table de nuit.

 

Il y a quelques mois, on a découvert le projet 100 weird faces, tu peux nous en parler ?

En réalité ce projet est un peu plus vieux, je l’ai commencé en novembre 2014 et l’ai terminé en juin 2016. L’idée de base était de créer un projet personnel que les gens pouvaient suivre jour après jour sur les réseaux sociaux. Je voulais dessiner un “ visage bizarre ” par jour pendant 100 jours. Au final, cela m’a prit un an et demi. Pour moi, c’était vraiment un terrain d’expérimentation graphique, un vrai laboratoire. Je voulais pousser mes limites à petite échelle, me forcer à me renouveler sur un seul et même exercice. Je voulais découvrir des choses en petit pour ensuite pouvoir les appliquer sur des projets de commandes plus conséquents. Ça m’a vraiment apprit pas mal de choses comme : digérer mes influences et m’en affranchir, délaisser le travail vectoriel pour développer l’illustration sur photoshop ou encore découvrir le collage. Une fois les cent visages dessinés, avec deux potes on a créé une petite vidéo récapitulative du projet avec la satisfaction d’avoir mené ce petit projet DIY à son terme.

 

La vidéo qui regroupe les 100 Weird faces

 

Si tu pouvais voir l’univers d’un artiste en une collection de carte postale, qui choisirais-tu ?

Oh, il y en a tellement, mais le premier nom qui me vient vraiment tout de suite à l’esprit c’est Magritte*. Non seulement peut être parce que je suis Belge mais aussi parce que j’aime l’esprit joueur, mystérieux et engagé de son oeuvre. On sent qu’il s’amuse mais qu’il prend son art au sérieux, tout en ne se prenant pas lui-même trop au sérieux. J’aime ça dans le surréalisme. C’est poétique et gentiment subversif. On n’agresse personne mais on se permet des libertés de ton comme nulle part ailleurs. Je trouve que le travail de Magritte est aussi très graphique, ça fourmille d’idées et ça, ça me plaît.

* Ça vous fait un point commun avec Delphine Dussoubs

 

Si tu devais entretenir une relation épistolaire avec une idole, ce serait qui ?

En fait, j’entretiens déjà une sorte de relation épistolaire avec quelqu’un que j’admire : Andy J. Miller, un illustrateur américain que j’apprécie beaucoup. On se connait (via internet) depuis presque 8 ans maintenant et il est le créateur du Creative Pep Talk Podcast*. Il m’a toujours beaucoup inspiré par la manière dont il aborde sa carrière et l’illustration comme moyen d’expression. Je le considère un peu comme un mentor. Cette année, il a lancé pour la deuxième année consécutive une formation en ligne (une sorte de MOOC) et j’ai sauté sur l’occasion pour en faire partie. Nous sommes dix étudiants et cela dure 4 mois au total. Pour moi, c’est un privilège incroyable de l'avoir comme formateur quasi personnel pendant quatre mois. C’est vraiment cool d’avoir ses feedbacks et d'échanger ensemble, semaine après semaine. Je me suis toujours dis que rien ne devrait m’empêcher d’écrire à ceux que j’admire. Ils répondent plus souvent qu’on ne le pense :-)


* Si vous êtes anglophones, on vous invite vraiment à découvrir ses podcasts,
ils sont tout simplement merveilleux et inspirants.

 

Récréation 02/03

 

Ton plus beau souvenir de voyage ?

La vue du toit d’une petite maison de vacance sur l’île d’Ischia en Italie. Je vis en région parisienne où la vie y est très dense et parfois stressante. Du coup ce simple contraste m’a fait un bien fou. Je n’aime pas trop faire le touriste ni avoir absolument besoin de voir telle ou telle chose. Juste être au calme, au soleil, loin de tout ce que je connais, la campagne italienne, avec une belle vue, un bon livre, l’apéro et la personne que j’aime, il ne me faut rien d’autre.

 

La destination, réelle ou fictive, pour ton prochain voyage ?

USA 2018. L’an prochain j’aimerais participer au ICON festival à Detroit. C’est une conférence entièrement dédiée à l’illustration. Je ne suis jamais allé aux USA et ce serait une bonne occasion. Peut être aussi une occasion de rencontrer quelques D.A. ? Qui sait...

 

Le Système solaire de P.F. Mouriaux que Jérémie a illustré

 

Tu peux nous parler du livre de P.F. Mouriaux, Le Système solaire que tu as illustré ?

C’est la seconde fois* que les éditions Fleurus m’ont demandé d’illustrer un livre pour leur collection Labyrinthes. L’idée est simple : on développe un sujet pédagogique et on le traite de façon amusante à base de labyrinthes illustrés. Bon, ça reste quand même très documentaire comme livre, il y a très peu de liberté artistique. C’est un projet de commande mais qui m’a quand même permis de découvrir le monde de l’édition. 

* Jérémie a également illustré un livre sur le corps humain

 

Quelle est la chose la plus timbrée que tu aies faite ?

Quand j’avais 21 ans, j’ai participé à une sorte de formation outdoors façon team building un peu extrême de quelques jours au Pays de Galle. Le but c’était de pousser nos limites, nous forcer à nous dépasser, à compter les uns sur les autres et à nous débrouiller. Il pleuvait et neigeait comme c’est pas permis. Partie intégrante de la formation était d’aller dormir dans une caverne. Il faisait un froid de canard, il y avait une véritable tempête dehors, nous étions au bord de l’océan et la caverne où nous nous étions installé se remplissait d’eau au fur et à mesure que la nuit avançait. J’ai dormi dans une galerie souterraine avec 30 cm au dessus de ma tête max et pas très loin de moi on voyait des vagues qui rentraient dans la caverne. Cette formation était très bien encadrée par des pros, n’empêche que j’ai vraiment cru que j’allais y passer cette nuit là.

 

Récréation 03/03

 

Parle nous de la série de timbres que tu as imaginée ?

Avec mon projet des 100WEIRDFACES, j’ai commencé à développer une technique de collage digital. Dernièrement, j’ai commencé à faire du découpage et du collage pour de vrai. J’aime beaucoup. On vit dans une société qui nous rend vraiment accro à ces écrans et j’essaie de développer des activités annexes qui me permette de faire une pause. Faire du découpage me détend et me permet de couper avec tout ce qui est digital. Je me sens aussi beaucoup plus focalisé quand je fais ça. C’est dans cet esprit de récréation que j’ai créé ces 3 timbres.

 

Des nouveautés pour bientôt, une actualité dont tu voudrais parler?

Je me sens continuellement en mouvement, en changement perpétuel. Là, je profite de ma formation en ligne. Après j’aimerais de plus en plus développer l’illustration éditoriale. Depuis le mois de septembre j’ai aussi commencé à écrire des articles sur le thème du freelancing sur mon blog. À suivre !

 

La série Récréation au grand complet

Retrouvez toutes les infos sur Jérémie sur son portfolio, son compte Instagram, son blog ou sa page facebook.


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