L'Interview timbrée - 03 - Emmanuel Plougoulm

Après l'illustration, on a décidé de vous parler un peu de photographie, de natures mortes, de portraits, de costumes de plumes et de perles. Nous avons posé quelques questions à Emmanuel Plougoulm. Et il nous a préparé non pas une, ni deux, mais quatre séries de timbres ! Wouhou !
 

Dans l'ordre, Songes, Au poil, Deskjetpoetry et Drifting roses,
les quatre séries imaginées par Emmanuel

 

Ton “adresse” (fictive ou réelle) telle que tu aimerais la lire au dos d’une carte postale ?

“Plougui Ploug”  - Duc de Lambé -
Studio de création Morris & Maurice - 75020 Paris  

 

En vacances, pour donner des nouvelles à tes proches, t’es plutôt du genre à envoyer une carte postale ou MMS ?

 Même si je ne l’ai plus fait depuis un moment j’aime beaucoup envoyer des courriers. Ça doit être une réminiscence de The Postman dans lequel joue Kevin Costner. Bien sûr, on est en 2017 et la technologie prend des fois le pas sur la volonté d’écrire de jolis courriers, un MMS est plus vite envoyé. Quand je vivais en Italie*,  j’avais mis la main sur un stock de planches Letraset, je m’en sers toujours quand il s’agit d’envoyer des courriers personnalisés. Pour la majorité des gens recevoir un courrier reste plus agréable qu’un MMS oublié en deux minutes.

* Emmanuel est un ancien de Fabrica, le centre de recherche
en communication de Benetton à Trévise en Italie.

 

Te souviens-tu d'un courrier ou d'une carte qui a marqué ta vie ?

Pas un en particulier, mais plusieurs. À une époque c’était le moyen de communication qu’on privilégiait avec des copains. En gros, on s’envoyait des pochettes surprises pleines de dessins, de photos de conneries. C’était très riche.

 

Drifting roses, la série au complet

 

Ta série Portraits imaginaires est celle qui nous a fait découvrir ton travail, parle-nous de ces costumes « fabriqués maison » ?

Et c’est celle qui m’a fait découvrir mon travail également ! À ce moment je vivais à Montréal et c’est là que j’ai rencontré Julie Langenegger Lachance. Le contact est tout de suite passé et elle m’a instantanément proposé de venir travailler dans son studio. C’était génial, j’avais un studio photo à disposition et gratos ! Je n’avais plus à me focaliser sur la recherche d’un lieu, je pouvais totalement me consacrer à la création. C’est vraiment pendant cette période que j’ai commencé à développer des séries. Avant ça, je tentais des choses à droite, à gauche mais sans vraie direction. 

En ce qui concerne celle-ci, j’ai depuis toujours eu un attrait pour les costumes, habits et autres uniformes. De tout temps et dans toutes les sociétés l’habit a, au delà de son caractère fonctionnel ou esthétique, eu d’autres fonctions. C’est aussi un marqueur qui peut en dire long sur le statut, la classe sociale, le rang, les croyances mais aussi le pouvoir religieux ou politique par exemple. Son utilisation peut-être faite à dessein. Les classes dirigeantes pour se distinguer du peuple, les croyants pour identifier les fidèles et ainsi de suite. Même aujourd’hui on peut identifier les groupes sociaux, entre autres, à leur manière de se vêtir. À ce propos,  je vous invite à découvrir le travail du photographe Charles Fréger dont la production est très riche.

Pour ma part, même s’il me manque la technique, j’arrive à bricoler assez pour obtenir un rendu satisfaisant, donc oui, toutes le tenues de cette série sont faites main. Je voulais créer des personnages fictifs, leur faire prendre vie dans des mises en scènes mais le temps a manqué. J’ai beaucoup été influencé par le Cremaster cycle de Matthew Barney. Je rêve toujours de monter un projet plus conséquent mais pour ça, il faut un budget ! 


Si tu pouvais voir l’univers d’un artiste (contemporain ou passé) en une collection de carte postale, qui choisirais-tu ?

Le format s’y prêtant parfaitement, je choisirais le travail de Sir Joan Cornella ! Acide comme il faut !

NDLR : impossible de le contredire,
on est beaucoup trop fans !

 

la série Portraits imaginaires

 

Si tu devais entretenir une relation épistolaire avec une idole, ce serait qui ?

Hummm… Il y en a plusieurs, mais je vais dire Wes Anderson. Ces films sont tellement bien rythmés, les dialogues toujours bien sentis et plein d’humour. Quand on voit le soin qu’il met à détailler la correspondance de ses personnages, je suis sûr qu’il doit aimer ça lui aussi. Et puis s’il s’applique autant à décorer ses lettres qu’à imaginer ses décors, je peux être certain d’en ressortir avec une belle collection. J’adore son univers visuel !  S’il n’est pas disponible, alors Alejandro Jodorowsky*.

* Si vous l'avez manqué, filez vite voir
le merveilleux documentaire sur le Dune de Jodorowsky.

 

Ton plus beau souvenir de voyage ?

Ce sont des images, il n’y en a pas qu’une :  
- la découverte de la skyline New-Yorkaise au réveil.
- le survol de la baie de Vancouver.
- les montagnes iraniennes.
- 24h à Dubai.
- la végétation sud-africaine !  

Le plus beau reste à venir… 

 

Au poil, la série toute douce d'Emmanuel

 

La destination, réelle ou fictive, pour ton prochain voyage ?

Rendre visite à Thomas Pesquet là-haut et écouter ça: Dj Metatron.

 

 

Depuis ta série Gloutons, tu utilises un matériau mystérieux, hypnotique, c’est quoi ? Des perles, des haricots ?

Pour la série Gloutons,  j’ai utilisé des graines et des haricots. Au commencement du projet je voulais parler de la bourse, de la finance mondiale qui s’opère en quelques clics et qui pourrait presque paraître indolore. Pourtant toutes ces actions ont de vraies répercussions et quand certains font flamber le cours des denrées alimentaires, ce sont des populations entières qui crèvent la dalle. Je trouvais ça pertinent comme propos. L’aspect final est relativement éloigné de l’idée de départ et lien n’est pas évident mais je reste satisfait du résultat. 

 

La très belle série Gloutons

 

J’ai quand même gardé le titre Gloutons qui se marie bien aux deux visages, et à ceux qui se gavent ! Pour l’anecdote quand j’ai voulu ressortir les sculpture pour les montrer, tout avait germé, ce qui m’a donné des idées pour des réalisations futures ! 

Cette matière “ hypnotique ” dont tu parles a évoluée depuis, j’utilise beaucoup le pistolet à colle qui me permet de créer des formes plus originales, surréalistes et animales ! Cette pratique récente commence à prendre plus d’ampleur dans mes productions et à définir une esthétique facilement reconnaissable. Ce travail de la matière reste prépondérant dans mes productions, c’est une approche que je vais poursuivre.      

 

Quelle est la chose la plus timbrée que tu aies faite ?

Ce n'est pas la chose que j’ai faite qui était timbrée mais plutôt ce qu’elle m’a permis de réaliser. Au culot, j’ai contacté un membre du staff d’un artiste* dont j’adore la musique en me présentant à peine, juste en écrivant : "Let’s collaborate”. Et ce même type m’a recontacté à ma grande surprise. Partant de là je me suis dit qu’il fallait oser une deuxième fois et je lui ai demandé s’il pouvait me faire entrer au prochain concert de l’artiste en question. Je pense qu’il a halluciné de voir que j’étais prêt à faire 10h de car pour un seul concert… 

NDLR : L'artiste en question ? Nicolas Jaar ;)

 

Me voilà donc parti de Montréal pour New-York, où j’ai pu assister au concert qui se déroulait au MOMA PS1. J’ai du passer la première heure sans bouger à me dire : ” Ahah, moi qui vient de Lambé, je suis dans l’épicentre de la planète hipster ! Drôle quand même ”.

Mais au delà de ça c’est plutôt la suite qui était appréciable. J’ai passé le reste de la journée avec ce type, Ryan Staake* et un de ses potes. Deux mecs super sympas, très avenants avec un petit frenchie qu’ils connaissaient depuis quelques heures. Climax de l’année 2012.   

*  Réalisateur du dernier clip de Young thug, “Wyclef Jean”, on vous invite
à lire la fabuleuse histoire autour de ce non-clip déjà mythique.

 

la série Deskjetpoetry

 

Parle nous des séries de timbres que tu as imaginée ?

J’y ai vu une opportunité de poursuivre mes recherches sur la matière. Armé d’un simple scanner, je me suis amusé à expérimenter en prenant ce qui me tombait sous la main et je dois dire que j’ai eu de belles surprises. C’est très surprenant de voir la variété de rendus que l’on peut obtenir avec des moyens simples (ici de la ouatine, des photos trouvés chez Emmaus, de la fourrure synthétique). Je voulais rester abstrait et arriver à un résultat qui soit difficilement identifiable, que l’image finale reflète le processus physique qui aurait produit ce résultat. Une fois la sélection terminée, je me suis lâché sur l’ajout de couleurs.  

 

Des nouveautés pour bientôt, une actualité dont tu voudrais parler ?

Toujours plein d’idées que je voudrais développer comme tout créatif. Aborder des thèmes contemporains qui me passionnent autant qu’ils m’inquiètent, le trans-humanisme (cf : la série Westworld), l’ère post-vérité  (cf : Snapshot 16) et trouver le moyen de les faire entrer en résonance avec mon travail.

Continuer autant que je peux à sortir mes mixtapes “Snapshot” et progresser dans leur narration. Devenir un as du code et ajouter cette corde à mon arc créatif. 

D’un point de vue général, je vais un peu ralentir le rythme, je veux me concentrer sur la diffusion de mon travail. Sans arrogance,  je pense que mon portfolio est assez solide pour être montré et à ce jour je n’ai jamais exposé ou même obtenu de publication. Le but serait de remédier à cela, d’ailleurs, amis timbrés si vous avez des conseils je suis plus que preneur*.   

* Oui oui oui, on plussoie, diffusez, montrez, parlez
du travail d'Emmanuel, il le mérite plus que tout !

 

 

Les quatre séries au complet

Toutes les infos sur Emmanuel, ça se passe ici : 

Son portfolio, son compte Instagram, et son Mixcloud

 


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