L'Interview timbrée - 02 - Steffie Brocoli


Deuxième interview timbrée avec la pétillante Steffie Brocoli ! L'illustratrice touche-à-tout est aussi à l'aise sur papier qu'avec la céramique ou le Letterpress. Elle nous en dit un peu plus sur son travail !
 

Fleurs, la série imaginée par Steffie pour Maison Tangible

 

Ton “adresse” (fictive ou réelle) telle que tu aimerais la lire au dos d’une carte postale ?

Steffie Brocoli, illustratrice - STOUF office - D.I.Y. Departement  
93170 BAGNOLET STREET - FRANCE

 

En vacances, pour donner des nouvelles à tes proches, t’es plutôt du genre à envoyer une carte postale ou MMS ?

À chaque voyage sa carte postale, c’est la tradition. Pour le souvenir, le timbre et la surprise dans la boîte aux lettres, mais pour les nouvelles je dois bien avouer que c’est plutôt MMS. La carte arrive toujours après que je sois rentrée de vacances ! 

 

Fleurs 01/03

 

Te souviens-tu d'un courrier ou d'une carte qui a marqué ta vie ?

Pas particulièrement non, mais je suis très attachée à ma boîte aux lettres et au courrier papier en général. Prendre le temps de choisir une carte, faire sa belle écriture, décorer l’enveloppe, la poster, l’imaginer qui passe de mains en mains et qui traverse le pays ou le monde, puis imaginer le destinataire découvrir une surprise dans la boite aux lettres, c’est tout un rituel et c’est vrai que pour moi, c’est plus authentique, plus personnel qu’un mail ou qu’un sms... Plus inattendu et plus pérenne aussi. 

Quand je suis sortie d’Estienne*, avec ma copine Laïs Duruy, on a d’ailleurs lancé une revue qui s’appelait Correspondances.  Le principe était de proposer à dix illustrateurs et auteurs de correspondre pendant dix semaines sous forme de téléphone arabe, et on publiait le résultat sous forme d’un coffret sérigraphié, l’intérieur imprimé en riso, envoyé par courrier dans les boîtes aux lettres. On choisissait un extrait de texte qu’on aimait bien, on l’envoyait à un illustrateur qui avait  une semaine pour faire une illustration, puis cette illustration était envoyée à un auteur, qui avait une semaine pour écrire un texte, et de fil en aiguille pendant dix semaines.  On a sorti trois numéros avec des illustrateurs et des auteurs d’univers variés, et c’était chouette de voir les liens,  l’interprétation de chacun. On a finalement arrêté parce que c’était pas mal de travail et aussi parce que je crois qu’on préfère dessiner, créer nous même, que de gérer les mails, l’impression, le stock, la diffusion, c’était moins notre truc.

 

*Estienne est le nom donnée à l'École Supérieure des Arts et Industries Graphiques à Paris

 

Les somptueuses cartes de Steffie chez Letterpress de Paris

 

Parle nous de ces magnifiques collaborations avec Letterpress de Paris ?

Cela fait maintenant plusieurs années que je travaille pour Letterpress de Paris, et je dois bien avouer que c’est une sacrée belle rencontre.  Le brief est toujours simple : 2 pantones / carte de voeux / Paris (ou un autre thème en fonction de la saison) mais hormis ces petites contraintes (qui me permettent de ne pas trop m’éparpiller) j’ai une grande liberté de création. Je m’amuse à détourner la Joconde, le penseur de Rodin, j’ai imaginé des cartes personnalisables (à cocher) pour la Saint-Valentin, une carte d’amour en collaboration avec Sébastien Touache*, mon copain, et des petites affichettes inspirées par deux oeuvres du Louvre pour mon exposition Muses et Musées « Tapislam » et « Frigo Egyptien ».

* Si vous êtes sages, peut-être qu'on vous en dira bientôt plus sur Sébastien :)
 

M’emparer d’une technique artisanale ancienne pour proposer un objet contemporain est quelque chose qui m’amuse, qui me passionne et qui me bouscule dans mes habitudes. Ça m’a amené à dessiner plus souvent à la ligne et aussi davantage pour les adultes, chose que je faisais très peu avant et pour laquelle j’étais rarement sollicitée. Letterpress de Paris m’a fait confiance et ça a inconsciemment nourrit ma pratique. C’est un vrai privilège de pouvoir assister à l’impression, de venir à l’atelier, choisir les couleurs, le papier, entendre le bruit des machines, ça me rappelle mes années d’études dans les ateliers de l’école Estienne. C’est aussi un vrai plaisir de travailler avec des personnes aussi passionnées à qui tu peux confier ton illustration sans la moindre appréhension. Ce sera toujours plus beau que ce que tu avais imaginé ! 

Au delà de ça, j’aime l’idée de produire un objet conçu et imprimé à Paris, d’entretenir un savoir-faire local, c’est important. Acheter une carte Letterpress c’est aussi consommer responsable et soutenir la création française, la scène parisienne, l’illustration et l’artisanat*. Les cartes Letterpress de Paris sont pour moi de vrais petits bijoux, que l’on doit toucher pour sentir le relief de l’illustration, elles ne pourront jamais être remplacées par un écran.

* Et vous savez à quel point on partage ces valeurs  ! :)

 
 

 

Fleurs 02/03

 

Si tu pouvais voir l’univers d’un artiste (contemporain ou passé) en une collection de carte postale, qui choisirais-tu ?

J’adore les gouaches de Léa Maupetit ! Ses gammes et ses aplats de couleurs, la trace du pinceau, la naïveté qui se dégage de ses images, j’adore. Des paysages peints, ça ferait une chouette collection pour remplacer les cartes postales avec des photos !  

 

Si tu devais entretenir une relation épistolaire avec une idole, ce serait qui ?

Rah j’ai pas vraiment d’idole, moi la relation épistolaire idéale, ce serait avec quelqu’un qui pourrait m’écrire à la fois des poèmes, des chansons, des trucs sérieux et des blagues, qu’il puisse m’envoyer des dessins et des colis de bonbons sans raison. 

 

On a vu ta très belle exposition Muses & Musées à l’Atelier Nota, tu peux nous en dire plus ?

Muses & Musées était une exposition inspirée par mes dessins dans les musées (principalement le musée Archéologique d’Héraklion en Crète, le musée du Prado à Madrid, et un peu le Louvre). Dessiner dans les musées c’est mon hobby préféré. J’aime y passer des heures et redessiner les œuvres à ma manière. Comme je ne dessine pas très réaliste, je sais que dans tous les cas ce sera réinterprété de par mes limites en dessin, je synthétise pas mal et ça m’amuse, je ne cherche pas forcément à être fidèle à l’original. Je dessine ce qui me plait, ce qui m’inspire, ce dont j’ai envie de me souvenir, des oeuvres qui m’interpellent pour des raisons variées : parce que c’est beau, ou même parfois tout simplement parce que c’est facile à dessiner et que je vais y prendre du plaisir sur l’instant. 
 

Le flyer de l'exposition et quelques céramiques faites avec Dodo Toucan

 

Prendre le temps de s’arrêter devant un tableau pour le dessiner, c’est aussi pour moi une manière de rendre hommage à l’artiste ou au tableau, respecter son travail en s’attardant sur des détails que je n’aurais pas vu en prenant une photo,  je suis très attachée au fait de ne (presque ) pas prendre de photos dans les musées. En ce qui me concerne, le souvenir de l’oeuvre sera bien plus pérenne si je l’ai dessiné.

L’idée pour cette exposition, c’était de ré-exploiter mes carnets de croquis pour produire des pièces plus abouties comme des peintures, des broderies, des affiches letterpress mais ça a surtout été l’occasion de collaborer avec la céramiste Dodo Toucan dont j’aimais le travail bien avant de la rencontrer. 
Elle fait des petits animaux en céramique, et je me sentais proche de son univers et certaines des sculptures que j’avais vu en Crète me faisaient penser à son travail.  Je lui ai proposé de prendre part au projet d’exposition, de réinterpréter ensemble à 4 mains, les dessins de sculptures que j’avais fait à Héraklion,  sans prétendre à les reproduire à l’identique, ce qui m’importait c’était de mettre mes dessins en volume, en couleurs, qu’on s’amuse et qu’on y ajoute nos univers respectifs, et elle a accepté.  

Nous avons ainsi produit une cinquantaine de petites sculptures uniques «broco-dodo-antiques», des mini-vases, des broches, des mini bas-reliefs à accrocher au mur.  C’était vraiment chouette ! D’ailleurs, nous avons continué à produire quelques pièces suite au succès de l’exposition, de nouvelles broches oiseaux seront bientôt disponibles. 


On vous invite à jeter un œil à la vidéo making-of de ces charmantes petites céramiques.

 

Fleurs 03/03

 

Ton plus beau souvenir de voyage ?

La dernière fois que je suis allée à NY avec Sébastien Touache, on a eu la chance d’aller voir une conférence de Stephen Powers, aka ESPO  chez Strand Books pour la sortie de son livre A love letter to the city.  Si il y a bien un reportage qui m’a donné envie de peindre et de développer des projets persos c’est celui là : Beautiful Losers. Je l’ai regardé en boucle, des centaines de fois, pour les images, les témoignages, la musique et tous ces artistes dont j’admire tant le travail et qui me donnent plus que tout envie de peindre. Voir ESPO en vrai, c’était un peu comme voir le père Noël pour moi, c’était dingue mais  j’ai conscience qu’avec le recul ça fait un peu groupie. 

Mais sinon, j’ai plein de souvenirs immatériels de voyages, de moment figés dans le temps, d’ambiances particulières, mais ça relève davantage de l’anecdote personnelle, je suis pas certaine que ça vous intéresse de savoir que j’ai à mort kiffé la plage de Balos en Crète, que l’eau était super chaude et que le sable était super doux, que j’ai gardé cette image en tête pendant des mois*.

* Ahah crâneuse :)   


La destination, réelle ou fictive, pour le prochain ?

Le Mexique !  Je rêve de vacances, de plage, de soleil et de dessins dans les musées.
   

Quelle est la chose la plus timbrée que tu aies faite ?

Hum. J’ai pas trouvé de cool blague pour répondre à cette question. J’ai pas d’anecdote timbrée à vous raconter. *


* NDLR : Et ça va être compliqué de faire plus badass qu'Amaël Isnard ! 

 

Fleurs, la série complète

 

Parle nous de la série de timbres que tu as imaginée ?

J’ai dessiné des fleurs, parce que j’aime bien ça et que ça me faisait plaisir. 
Je me disais que ça pourrait être joli sur une carte, un peu comme un mini-bouquet.


Des nouveautés pour bientôt, une actualité dont tu voudrais parler ?


Pas mal de livres à paraître très prochainement ! Un livre-accordéon chez Gallimard pour les tout petits :  La fourmi, le célèbre poème de Robert Desnos ! Un livre de coloriage géant 1001 choses à colorier, aux éditions Auzou et un kit créatif pour fabriquer soit même un papillon en feutrine. Un livre Stickers avec Mango Jeunesse. Une peinture dans une école, avec des enfants en avril, des illustrations et DIY pour la presse, et puis d’autres projets en discussion comme un nouveau projet d’exposition  !

 

Toutes les infos sur Steffie Brocoli, ça se passe ici :

Son portfolio, son tumblr, son compte Instagram,
 


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