La collection Froberger par Small Studio

Les images de la collection Froberger sont désormais disponibles sur notre boutique en ligne. On en profite pour parler avec Vincent Jacquin, l'homme derrière la collection.

 

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Vincent a des yeux dans le dos
 

Vincent est l'un des artistes avec qui l'on a le plus collaboré. C'est aussi un ami, toujours partant pour des aventures graphiques périlleuses. Lorsqu'on lui a proposé ce projet d'images autour d'un compositeur de musique baroque dans le cadre d'une collaboration avec le festival Musique et Mémoire –qui fêtait cette année le 400e anniversaire  de la naissance de Froberger–, il a d'abord regardé dans son agenda, vu qu'il était pris pour les cinq années à venir, 9 jours sur 7, a dit oui quand même, et a relevé le challenge avec brio! Car s'il est relativement facile de parler de musique contemporaine au grand public, l'exercice peut s'avérer compliqué lorsque l'on parle de musique ancienne comme la musique baroque...

C'est entre le XVIe et le XVIIIe siècle que de nombreux compositeurs ont écrit les plus belles lignes de l'histoire de la musique baroque. Si Monteverdi, considéré comme l'un des initiateurs du courant, Bach, ou encore Haendel, font figures de proue du mouvement, Johannes Jakob Froberger est pourtant considéré comme l'un des personnages les plus essentiels pour ce courant par les spécialistes du genre. Tout simplement parce que c'est celui qui a permit, par ces nombreux voyages, de diffuser cette musique à travers les différentes cours d'Europe.

 

Carnet de croquis – © Small Studio


On a voulu en savoir plus sur Vincent, sur son travail, ce qui l'inspire et qui l'a inspiré pour cette collection...

 

Peux-tu te présenter brièvement ?

Je m’appelle Vincent et j’officie sous le pseudonyme de Small Studio depuis une dizaine d’années maintenant. J’ai travaillé quelques années sur Lyon et suis installé à Besançon depuis l’été 2011. Je travaille essentiellement sur des projets d’édition, de design graphique, d’illustration et parfois en direction du multimédia.

 

Pourquoi ce pseudonyme de Small ?

Ça n’est finalement pas très original, comme beaucoup d’histoires dans ce genre. Mais je veux bien raconter le pourquoi du comment. Cela vient d’une période où je jouais assez souvent au poker. Lorsque les cartes sont distribuées, on attribue des « rôles » à trois des joueurs. Le dealer, qui distribue les cartes. La petite blinde, qui engage la plus petite somme et la grosse blinde qui surenchérit en lance le jeu en quelques sortes. Chaque poste est symbolisé par un jeton où le mot est écrit en anglais la plupart du temps. Autour de la table on disait donc « j’suis dealer », « j’suis big », « j’suis small ».

Un soir ça a fait tilt, ça sonnait bien. C’était il y a dix ans…

 

Croquis préparatoires de la collection – © Small Studio

 

 

Parle-nous un peu de ta manière de travailler. As-tu une routine, une manière particulière d'aborder un projet ?

Pour être tout à fait franc, j’ai un processus de création assez laborieux. Je mets énormément de temps à me plonger dans un projet, du moins quand celui-ci me tient vraiment à coeur. Je suis capable d’expédier des visuels très rapidement mais lorsqu’il s’agit d’un projet dans lequel j’ai réellement envie de m’investir, j’ai une phase de réflexion et de mise en condition qui peut prendre pas mal de temps. Jusqu’à plusieurs jours.

Je pense que c’est un laps de temps qui m’est nécessaire pour bien apprivoiser le sujet et le connaitre sur le bout des doigts. Une fois que je me sens vraiment immergé et en parfaite connaissance du sujet, tout se débloque, se combine et s’enchaine de façon assez naturelle. Une fois ce point de bascule dépassé, les choses vont généralement assez vite.

Cela ne veux pas dire que je suis bloqué pendant 4 jours à réfléchir sans rien faire d’autre, bien entendu ! Durant ces périodes, j’avance sur une multitude d’autres projets, je dors, je mange, je marche, je joue à Buzz l’éclair avec mon fils, etc.

Mais le projet en question est là dans un coin de ma tête, avançant en arrière plan. Même s'il existe de grandes similitudes dans les images que je crée, j’essaie de ne jamais appliquer tout le temps la même recette. Certes je vais réutiliser des techniques ou éléments graphiques d’une image à l’autre mais le point de départ, l’axe par lequel je souhaite traiter l’image est toujours fondamentalement rattaché au projet. 

Je passe nécessairement beaucoup de temps à dessiner au début de chaque projet. Cela me permet de poser les bases de façon efficace, je me rends assez vite compte de ce qui fonctionnera ou pas. Ensuite, je délaisse le crayon pour me concentrer sur Illustrator (majoritairement) et parfois Photoshop. Si le projet le nécessite, je peux revenir à des phases de dessin, texture, formes, réalisées à la main que je scanne et retravaille ensuite.

 

Peinture réalisée dans le cadre du Palma Festival à Caen – © Small Studio

 

Ta pratique traverse plusieurs médiums (papier, écran, espace public) et utilise plusieurs techniques (sérigraphie, spray, dessin). De quelle manière préfères-tu t'exprimer ? Un gigposter, une peinture, une pochette d’album ?

J’éprouve un réel plaisir à utiliser toutes ces techniques.  Je n’ai pas vraiment de médium de prédilection. Le choix du médium sera toujours dépendant du type de projet. Les ressentis ne sont pas le même si je travaille devant un écran ou devant un mur, il ne se passe pas les même choses dans ma tête.

Ma pratique m’offre le luxe de pouvoir mixer ces différents médiums et c’est une chance de ne pas être cantonné à un seul mode d’expression. Certains projets feront vraiment sens imprimés en sérigraphie, d’autres peints sur un mur.  Finalement, ce n’est pas vraiment moi qui décide…

 

La collection que tu as créée pour Maison Tangible s'articule autour du compositeur baroque Froberger. En quelques mots, peux-tu nous raconter l'histoire des images de la collection ?

Je te parlais tout à l’heure d’un long processus de mise en route. Cela a été le cas pour Forberger.  J’ai essayé de me plonger dans un univers qui m’était totalement inconnu: la musique baroque du 17e siècle. J’y ai finalement éprouvé un certain plaisir

J’ai lu pas mal de choses sur Froberger, pas forcément d’oeuvres majeures mais suffisamment d’articles et de textes me permettant de cerner sa personnalité et son univers. Et par ce biais, ce qui caractérisait la musique baroque. Ce sont des choses qui m’ont guidé dans la conception des images.

 

01 - La Musique

Nous avions convenu, avec Maison Tangible, de travailler autour de trois thématiques caractéristiques du personnage du compositeur.

Tout naturellement la musique car les partitions de Froberger, écrites à la main, sont d'une finesse et qualité graphique époustouflantes.

Choses que j’ai essayé de traduire dans ce premier visuel.

01 - Le Voyage

Seconde composante de la vie de Froberger qui, sur ordre de l’empereur d’Autriche Ferdinand III, a traversé les cours d’Europe pour parfaire son écriture musicale.

Il fut donc un des premiers citoyen européen au sens moderne du terme. Cette image, Le voyage, illustre cette idée de façon romantique.

03 - L'Amour

Sa relation avec la duchesse Sybille de Wurtemberg est un des fils rouge de son existence.

Cette relation l’amena, un peu par hasard, au château d’Hericourt* pour son dernier voyage.



* Après la mort de Ferdinand III, il s'installe au château d'Héricourt (dépendance à cette époque du Wurtemberg), où il mourut en 1667.

 


On trouve dans ton univers des références à des illustrateurs ou des graphistes qui ont mis en image la musique (Saul Bass notamment). Dirais-tu que la musique en général, et classique ou baroque en particulier, est une de tes sources d’inspirations ?

La relation avec la musique, du moins l’univers musical au sens le plus large, est très présente dans l’ensemble de mon travail. C’est grâce à la musique et à bon nombre de musiciens que j’ai pu explorer un langage graphique qui m’est propre.

Malgré tout, la musique n’est pas ma source majeure d’inspiration, au contraire. Je remarque qu’aujourd’hui je « consomme » beaucoup moins de musique.  Après avoir collaboré pendant plusieurs années avec des musiciens sur des pochettes d’album, des installations scéniques, des posters, etc… je m’en éloigne un peu pour flirter avec d’autres univers qui m’inspirent et me motivent plus pour le moment.

Mais j’y reviens régulièrement et avec plaisir. Récemment, j’ai pu collaborer avec le groupe Cotton Claw sur un projet d’installation scénique. Ce fut une expérience très riche au cours de laquelle j’ai eu la chance de travailler de façon très étroite avec le studio de design Ibride (basé près de Besançon) et le technicien lumière du groupe, Cyrille « Catalight ». Le résultat fut quelque chose de totalement inédit pour moi. 

C’est vers ce type de projet que j’aimerais me diriger aujourd’hui.

 

L'installation scénique pour Cotton Claw – © Gwendal Le Flem

 

Tu as souvent collaboré avec des musiciens pour mettre leur univers en image (Lilea Narrative, Dj Vadim, Zo aka la Chauve Souris, etc.)... As-tu des projets de ce genre en cours en ce moment ?

Comme je viens de le dire, je collabore encore régulièrement avec des musiciens.  La dernière en date est donc l’installation scénique de Cotton Claw (ainsi que le logo du groupe). La prochaine en route est un visuel de t-shirt pour le petit label américain Wax Thématique.  Peut-être une future collaboration avec Zo aka la chauve souris sur un projet solo – ça c’est une histoire d’amour qui dure :) –

Et c’est à peu près tout pour le moment. En ce qui concerne la musique du moins.

 

Dans le cadre du projet Maison Tangible / Médiathèque d’Héricourt, tu prépares des ateliers pédagogiques à destination des publics scolaires, peux-tu nous en dire deux mots rapidement?

La collaboration avec Maison Tangible et la médiathèque d’Hericourt se construit comme une sorte de résidence d’une année ponctuée de différents temps forts. Les ateliers pédagogiques à destination des scolaires en font partie. Nous avons imaginé, en collaboration avec la relieure Laura Lefranc et le directeur de la médiathèque David Houzer, un atelier permettant aux participants de fabriquer un petit livre illustré avec des tampons.

 

Pour conclure, on sait que tu es un grand passionné de GIF, en as-tu un qui pourrait conclure cette interview en beauté?

Je pourrai déterrer des débilités qui décrédibiliserait tout ce que j’ai tenté de raconter sérieusement ci-dessus mais je vais faire dans le soft et politiquement correct. Un clin d’oeil à la musique encore une fois.